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QUI EST OUSMANE SONKO, LEADER DU PARTI PASTEF LES PATRIOTES?

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La probité, la pertinence et l’audace

Inspecteur principal des Impôts et Domaines de profession, et président du parti Patriote du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef-Les Patriotes), Ousmane Sonko est surtout connu pour ses prises de position véhémentes contre la politique économique et financière de l’actuel pouvoir. Foncièrement opposé au régime de Macky Sall, ce quadra au physique de gendre parfait à la silhouette longiligne, à la barbe bien entretenue et à la mise correcte, est un homme droit dans ses bottes. Il n’a pas peur de dire ses vérités, quitte à essuyer toutes sortes d’attaques. Qui est vraiment Ousmane Sonko ? «L’AS» lui consacre un portrait.

A l’avenue Carde x René Ndiaye, siège du ministère de l’Economie et des Finances, chacune de ses sorties est suivie, auscultée, décortiquée, critiquée avant d’être ravalée à de simples propos d’un homme égaré par la frustration. Vrai ou faux ? Toujours est-il que Ousmane Sonko, président du parti Patriotes du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité (Pastef-Les Patriotes) fustige régulièrement la politique économique et financière appliquée par les autorités issues de la deuxième alternance politique. Si bien qu’au ministère des Finances sous la tutelle duquel il travaille, il est considéré comme un pestiféré. Mais l’homme n’en a cure et se suffit de l’admiration que lui vouent ses collègues. A la Direction générale des Impôts et Domaines (Dgid), nombreux sont les agents qui, sous le sceau de l’anonymat, louent la probité de ce fils issu de parents fonctionnaires. «C’est un homme qui a des principes, qui est particulièrement soucieux de la préservation des intérêts du pays et qui n’entre pas dans de petites combines pour se servir. Les autorités le connaissent bien et savent qu’elles ne peuvent pas le prendre à défaut dans le domaine de la probité. C’est pourquoi, elles ne l’attaquent jamais sur ce terrain», relèvent nos interlocuteurs.

Casamançais par son père et Baol-Baol par sa mère (originaire de Khombole), le leader de Pastef-Les Patriotes, qui se définit comme un Sénégalais au vrai sens du terme, est né à Thiès en 1974. Il a vécu une partie de son enfance à Sébikhotane où servait sa maman en tant que agent d’Animation rurale, avant de rejoindre son fief naturel (la Casamance) où il a fait le reste de ses humanités jusqu’au baccalauréat en 1993. Pur produit de l’école publique, il rejoint l’Université Gaston Berger de Saint Louis et s’inscrit à l’Ufr des Sciences juridiques où il s’est spécialisé en droit public. La maîtrise en poche en 1999, il réussit avec brio au concours à l’entrée à l’Ecole nationale d’administration (Ena) puisqu’il y est entré major. Un an après la première alternance politique au Sénégal, c’est-à-dire en 2001, il sort de l’Ena au terme de sa formation à la section des Impôts et Domaines.

SONKO, LE GENITEUR DU SAAID

Après une enfance heureuse, libre et libérée en Casamance, Sonko signe son entrée dans la vie professionnelle en devenant agent en complément d’effectifs. Le Centre des services fiscaux de Pikine-Guédiawaye est le premier poste qui l’accueille. L’année 2005 marque un tournant dans la vie de ce père de six enfants. Puisque c’est à cette date qu’il va, en compagnie de quelques collègues, créer le Syndicat autonome des agents des Impôts et Domaines (Saaid). C’était inédit dans le milieu des régies financières. Revenant sur les motifs de création du syndicat, il explique qu’au delà des apparences, la rémunération d’un agent des Impôts et Domaines était catastrophique. A sa sortie de l’Ena, en 2001, il avait un salaire de 125.000 Fcfa et des fonds communs qui pouvaient exceptionnellement atteindre 500.000 Fcfa. «Donc globalement, j’avais moins de 300.000 Fcfa de revenus mensuels», soutient Ousmane Sonko. Or l’administration des Impôts et Domaines est un milieu où les tentations sont énormes et où la corruption existe en raison des enjeux financiers, domaniaux et fonciers extrêmement importants. Seulement, ce musulman pratiquant qui n’appartient à aucune confrérie avait pris une résolution. «Très tôt, je me suis dit que je n’accepterai jamais de verser dans la corruption, je n’accepterai jamais de toucher un centime qui ne m’appartient pas. Mais, je suis un haut cadre de l’administration que je sers loyalement, par conséquent j’ai le droit d’être traité, au moins à un niveau qui me permet de vivre décemment. Le jour où j’ai pris l’initiative d’aller à l’Inspection régionale du travail pour me renseigner sur les modalités de création d’un syndicat, je venais de terminer un dossier de vérification fiscale et l’entreprise avait donné un chèque de 2,5 milliards de FCFA qu’on a reversés dans les caisses de l’Etat. Au même moment, j’avais dans ma poche une ordonnance de 9.500 FCFA de mon épouse que je ne pouvais payer ce jour-là si je n’emprunte pas à quelqu’un. Alors je me suis dit que cette situation n’est pas normale. Au moment où nous faisions le contrôle fiscal, l’entreprise avait proposé des dizaines et des dizaines de millions que nous avons refusés. Et pendant ce temps, nous avions des problèmes aussi élémentaires que de payer un loyer ou une ordonnance. Fallait-il céder à la tentation ? Fallait-il se battre légalement pour faire améliorer la situation ?», se demande ce haut fonctionnaire qui avait la conviction que l’autorité politique ne connaissait pas la situation. «Comme le commun des Sénégalais, l’autorité politique pense que les inspecteurs des Impôts et Domaines avaient beaucoup d’argent. Il m’arrivait d’être sollicité par des parents, si je disais que je n’avais pas 5.000 F, on me traitait de méchant». Connaissant toutes les conditions de mise en place d’un syndicat, il en parle autour de lui, à des collègues de sa génération. «Un noyau dur s’est formé et c’est comme cela qu’est né le syndicat», se souvient-il. A l’assemblée générale constitutive, de commun accord, le choix s’est porté sur sa personne pour diriger le Saaid. Il fait deux mandats avant de se retirer en 2012. Mais ses collègues, qui ont besoin de son expérience, le désignent secrétaire général honoraire du syndicat.

ENTRE PRESSIONS DU RÉGIME, RÉSISTANCE DES AGENTS ET DÉFECTION DES MEMBRES DU BUREAU

Le gouvernement de l’époque avait juré qu’il n’y aurait pas de syndicat aux Impôts et Domaines. «Le Dgid Assane Dianko (Dgid), le directeur des Impôts Amadou Ba, le tandem Haguibou Soumaré – Abdoulaye Diop (Ndrl, respectivement ministre du Budget et ministre des Finances) et le Premier ministre Macky Sall avaient juré qu’ils ne laisseraient pas faire parce que les enjeux stratégiques liés à ce département ne pouvaient pas souffrir de la naissance d’un syndicat. Dans leur conception, syndicat rimait avec subversion, grève, blocage etc. Il y a eu pas mal d’actes de sabotage, de menaces», se souvient le secrétaire général honoraire du Saaid. A 48 heures de l’assemblée générale constitutive, souligne-t-il, «le ministre Haguibou Soumaré nous a reçus pour nous intimer l’ordre de renoncer à la création du syndicat, nous lui avons répondu que cela dépassait ses prérogatives. Le ministre des Finances Abdoulaye Diop était ulcéré par l’initiative et avait dit qu’il ne nous recevrait jamais. Ce qu’il a respecté parce qu’il n’a jamais reçu le syndicat. Nous n’avons jamais demandé non plus à être reçus. Certains sont allés raconter à Assane Dianko que le syndicat était monté contre lui. Au bout d’une semaine, le bureau initial est passé de 18 à 8 membres. Il y a eu 10 défections. Nous avons décidé de continuer avec le noyau qui restait».

Dans une régie financière qui faisait 80% des recettes de l’Etat, Ousmane Sonko s’impose très rapidement grâce à ses actions syndicales. «Le syndicat a aidé à améliorer considérablement la vie des agents des Impôts avec notamment l’accès au foncier, quelques avantages pécuniaires. Nous avons su poser les débats d’intérêt national. En 2007, lorsque l’Assemblée nationale a voté subrepticement la loi 2007-25 qui accordait des avantages cumulés du Code des investissements et du Code minier à toute entreprise qui aurait investi 250 milliards au Sénégal, nous avions publié un article très ferme contre cette loi en disant qu’elle est attentatoire aux intérêts du Sénégal. Et cela avait créé tout un débat avec la société civile. C’est de là qu’est partie l’idée de faire une étude sur les dépenses fiscales, c’est-à-dire les systèmes des rémunérations. Et c’est ce processus qui a abouti au Code général de 2012 qui a permis de ramener toutes les dispositions fiscales qui étaient éclatées dans plusieurs textes au niveau du Code général des impôts et de créer ce qu’on appelle le droit commun incitatif qui va désormais réglementer de manière générale l’allocation des exonérations», relève ce passionné de sport qui a pratiqué le karaté, le football, le basket, la natation et la gymnastique.

CONTROVERSE SUR SON SOUTIEN À TAHIBOU NDIAYE

Même si ses positions peuvent apparaître impopulaires, Ousmane Sonko, actuellement auditeur interne à la direction du Contrôle interne de la Dgid, n’a pas peur d’afficher ses idées. Quitte même à être voué aux gémonies, il est prêt à défendre ses positions lorsqu’il estime qu’elles sont fondées. En atteste son soutien acharné en faveur de l’ancien directeur du Cadastre Tahibou Ndiaye, accusé d’enrichissement illicite et condamné à cinq ans de prison ferme. Interpellé à ce sujet, l’enfant du Blouf (partie de la Casamance) déclare : «Il y avait toute une machine judiciaire qui était en train d’être déroulée pour brimer un haut fonctionnaire pour la simple raison que le président Macky Sall s’est laissé entraîner dans la traque des biens mal acquis par ces alliés opportunistes. La traque des biens mal acquis ne figure pas dans le programme Yonou Yokkute. Les populations ont demandé la reddition des comptes et non la traque des biens mal acquis ou la réactivation de la Crei. Le fondement de cette traque, c’était de tuer le Pds. Le Pds étant reconstruit autour de Karim Wade, si on bloque Karim Wade, on bloque le Pds, mais il fallait habiller la chose. En quoi faisant ? En ciblant deux ou trois hommes d’affaires, deux ou trois fonctionnaires pour diluer les choses dans la masse. La preuve ? Cela fait combien de temps qu’on n’a pas entendu parler de la traque ?». Dans le dossier Tahibou Ndiaye, il estime qu’il y avait une manipulation de l’opinion. «On était en face d’un homme seul qui avait une machine contre lui. Le dossier était gros et ridicule. Aux yeux des Sénégalais, Tahibou Ndiaye était un monstre. Au moment où on l’a arrêté pour l’amener à Rebeuss, il n’avait même pas de quoi payer ses avocats», martèle le leader de Pastef-Les Patriotes avant de confier : «J’ai pris l’initiative d’appeler certaines de ses relations qui ont cotisé pour donner des acomptes à ses conseils. Tahibou Ndiaye n’avait pas un franc dans son compte bancaire. Son dossier était cousu de fil blanc, faux et archi-faux et je l’ai démontré. J’ai considéré que c’est une traque politique et l’histoire m’a donné raison. Parce qu’un franc malien n’a été récupéré. Alors que d’autres procédures suivant une juridiction ordinaire avec des corps de contrôle qui auditent, qui font des rapports à charge, un procureur qui poursuit sur une base claire, un accusé qui se défend et un juge qui tranche, on aurait pu avoir de meilleurs résultats».

DEVISE : «LE DON DE SOI POUR LA PATRIE»

L’adage qui dit que «l’appétit vient en mangeant» sied parfaitement à Ousmane Sonko qui, du syndicalisme, a rapidement glissé dans le champ politique. Pastef-Les Patriotes est le parti politique qu’il a créé en janvier 2014 avec des amis, collègues et proches. Au contact de nombreux dossiers sensibles et ayant observé beaucoup de choses lorsqu’il dirigeait le Saaid, il a décidé de ne pas être à l’écart du milieu où les grandes décisions de la nation se prenaient. Mais si son défunt père (fervent militant socialiste) se réveillait aujourd’hui, il n’en croirait pas ses yeux. «Je détestais tellement la politique que même lorsque le débat virait à la politique, je me levais et je m’en allais. Que ce soit au lycée, à la faculté, je n’ai jamais milité dans une formation politique. D’ailleurs à l’époque, je ne ratais aucune occasion pour demander à mon père de cesser ses activités politiques qui lui prenaient toute son énergie, tout son temps et toutes ses ressources», souffle-t-il avant d’ajouter : «Je me suis rendu compte que je me trompais en restant en dehors de la politique. Pour entreprendre des actions qui vont contribuer au rayonnement de la nation, il faut s’engager en politique». Avec comme devise : «Le Don de soi pour la Patrie», Pastef-les Patriotes se veut, selon ses fondateurs, comme une troisième voie politique, une alternative aussi bien au pouvoir qu’à l’opposition.

Accusé par ses détracteurs de nourrir une certaine haine à l’endroit du ministre des Finances Amadou Ba, il part d’un grand éclat de rire avant de se désoler des nombreux amalgames entretenus. «Je n’ai jamais formulé de critiques personnelles visant Amadou Ba. Je critique la politique économique et financière du pays. Amadou Ba est un ami et grand-frère et il aime à le dire partout. On n’a pas de problèmes personnels. Lorsqu’il était directeur des Impôts, il m’a régulièrement proposé des postes que j’ai toujours refusés parce que cela ne m’intéresse pas. Et en tant que ministre, il m’a toujours appelé pour me demander où je veux aller. Et je lui ai toujours répondu que je ne suis pas intéressé parce que je ne suis pas venu dans l’administration pour être enfermé dans une carrière, je vise autre chose», clarifie le leader de Pastef- Les Patriotes. Par conséquent, il estime qu’il n’est guidé d’aucune frustration personnelle vis-à-vis de l’actuel locataire de l’Avenue Carde. Ce passionné de l’impôt islamique, de la zakat, bref des questions liées à la finance islamique met au défi tous ceux qui racontent au ministère que Amadou Ba lui a une fois offert un billet pour le pèlerinage à la Mecque. « C’est faux et archi-faux, et je défie même le principal concerné. Ce sont de simples élucubrations. Car je n’ai jamais eu de relations matérielles avec Amadou Ba», tranche Ousmane Sonko qui, pour mettre les responsables du ministère des Finances à l’aise, a déposé depuis 8 mois un détachement syndical. En attendant que le dossier soit débloqué en «haut lieu», il se rappelle l’enfance turbulente qu’il a eue au point d’avoir failli rater l’école. Car il était difficile à maîtriser aussi bien par ses parents que par ses maîtres.
#LE DON DE SOI POUR LA PATRIE#

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