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Sommet Trump – Kim Jong-un : quels sont les sujets à la table des négociations ?

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Mardi à 9 heures (3 heures, heure de Paris), les regards du monde entier seront tournés vers Singapour où Donald Trump et Kim Jong-un se rencontreront pour un sommet sans précédent et tant attendu. Le président américain, 71 ans, qui a accepté à la surprise générale de rencontrer l’héritier de la dynastie des Kim, de plus de trente ans son cadet, réussira-t-il là où tous ses prédécesseurs ont échoué ?

« Heureux d’être à Singapour, excitation dans l’air! », a tweeté le président qui sort d’un G7 au Canada qui a tourné au fiasco après sa spectaculaire volte-face. Pour Donald Trump, c’est une « occasion unique » de faire avancer la cause de la paix.

« Je pense que cela va très bien se passer », a-t-il assuré peu après, à l’occasion d’un déjeuner de travail avec le Premier ministre singapourien Lee Hsien Loong.

Le sommet est déjà une réussite en soi, dans la mesure où les deux pays ont accepté cette rencontre. Pour Donald Trump, c’est une manière de façonner son image de « grand négociateur ». Pour la Corée du Nord, qui attend cette rencontre depuis plus de vingt ans, il s’agit d’intégrer, du moins symboliquement, la table des nations qui comptent.

La Corée du Nord veut négocier, mais les enjeux sont nombreux, les dossiers pas si simples, surtout quand on sait que l’administration Trump est imprévisible et ne semble pas avoir de stratégie claire ni d’objectif précis. Rien ne permet de dire à cette heure que l’événement puisse déboucher sur un accord concret, ni même une déclaration d’intentions réciproques, les discussions techniques –aussi importantes que le sommet en lui-même – étant laissées aux mains des experts.

La dénucléarisation de la péninsule est évidemment le cœur du problème, et les diplomates s’escriment à combler le gouffre qui sépare encore les deux parties à la veille de la rencontre.

Washington exige une « dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible (DCVI) » de la Corée du Nord sans échange, ni retour. Selon les mots de Donald Trump :

« Ils doivent dénucléariser. S’ils ne dénucléarisent pas, cela ne sera pas acceptable. »

Pyongyang n’a de cesse, de son côté, d’évoquer l’objectif de « dénucléarisation de la péninsule coréenne », au sein duquel la Corée du Nord s’est dit prête à négocier la fin de son programme atomique. La formule vague est cependant sujette à interprétation et on ignore quelles concessions le pays serait réellement prêt à mettre sur la table. Rien jusqu’ici n’indiquait que Kim Jong-un était prêt à abandonner totalement l’arme nucléaire que le régime a développé pendant des années et qui garantissait, selon lui, la survie du régime.

D’après les estimations de Séoul, le Nord dispose de 50 kilogrammes de plutonium, soit, selon la presse, assez pour confectionner une dizaine de bombes, et possède une capacité « considérable » à produire des armes avec de l’uranium. L’année dernière, le « Washington Post », citant un rapport du renseignement américain, estimait que la Corée du Nord avait jusqu’à 60 engins nucléaires. De précédents accords ont volé en éclats et les spécialistes ne parieraient pas sur la volonté du dirigeant nord-coréen à renoncer à « son épée chérie », sa force de dissuasion nucléaire.

D’après les experts, il faudra d’ailleurs plusieurs années pour démanteler un arsenal nucléaire construit en secret pendant des décennies, un processus extrêmement difficile à surveiller. Si tout se passe pour le mieux, le sommet pourrait donc déboucher sur une feuille de route, un calendrier menant à la dénucléarisation.

Siegfried Hecker, spécialiste américain de renom, a déclaré qu’une dénucléarisation totale et immédiate était « inimaginable » et « reviendrait au scénario d’une reddition de la Corée du Nord ». Barthélémy Courmont, chercheur à l’Iris ne parie pas non plus sur une dénucléarisation à court terme. Il explique :

« La dénucléarisation peut être espérée, elle peut même être éventuellement envisagée à long terme, mais elle ne saurait à ce stade être exigée, surtout au préalable de tout accord. Ce serait par ailleurs demander à la Corée du Nord de ‘désinventer’ la bombe atomique, or cela ne s’est jamais fait. »

Une levée des sanctions souhaitée par la Corée du nord n’a pas été mise dans la balance d’une dénucléarisation nord-coréenne, Washington refusant de lever les sanctions dès l’amorce du processus. Le régime de Pyongyang espère toujours un assouplissement…

Le principal souci de Kim Jong-un est la survie de son régime. D’après le président sud-coréen Moon Jae-in, le Nord-Coréen « a des inquiétudes sur le fait de savoir s’il peut faire confiance aux Etats-Unis pour mettre un terme à leur politique hostile et garantir la sécurité du régime quand le Nord se sera dénucléarisé ».

Le sommet avait d’ailleurs bien failli dérailler quand le faucon John Bolton, conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump, avait évoqué le « modèle libyen » de désarmement. Quelques années plus tard, le dirigeant libyen Mouammar Khadafi avait été tué lors d’un soulèvement soutenu par l’Occident.

L’administration Trump a promis de ne pas demander de changement de régime, et le secrétaire d’Etat Mike Pompeo a même évoqué l’éventualité d’offrir des garanties de sécurité au Nord.

Mais les sceptiques se demandent pourquoi Kim Jong-un ferait confiance à Donald Trump au vu de sa propension à se retirer de certains accords, comme celui sur le nucléaire iranien.

Pour Pyongyang, la sécurité peut passer par une reconnaissance du régime et de sa souveraineté au Nord via l’établissement de relations diplomatiques.

Nord et Sud sont toujours techniquement en guerre, le conflit de 1950-1953 s’étant achevé sur un armistice que le dirigeant sud-coréen de l’époque s’était refusé à signer. Il créait la Zone démilitarisée (DMZ) qui consacrait la division de la péninsule.

Lors du sommet inter-coréen d’avril, Kim Jong-un et le président sud-coréen Moon Jae-in avaient convenu de rechercher un traité de paix.

Séoul a annoncé la semaine dernière que des discussions tripartites avec Pyongyang et Washington avaient cours pour une déclaration liminaire sur le sujet.

Celle-ci précéderait un traité en bonne et due forme, qui nécessiterait de laborieuses négociations. Il faudrait impliquer la Chine, signataire de l’armistice et soutien du Nord pendant la guerre.

« On pourrait tout à fait signer un accord et c’est ce qu’on regarde », a cependant déclaré Donald Trump. « Ça a l’air un peu étrange, mais c’est probablement le plus facile. »

Le président américain a en outre agité la carotte d’une normalisation des relations diplomatiques entre anciens ennemis. Le « Figaro » estime par exemple, que l’ouverture d’un bureau de liaison américain dans la capitale pourrait être décidée lors du sommet, voire une invitation de Kim Jong-un à la Maison-Blanche.

« Peut-être qu’on pourrait commencer par la Maison-Blanche, qu’est-ce que vous pensez ? », a ainsi déclaré Donald Trump, comme on lui demandait si Kim Jon-un serait invité à Washington ou dans sa propriété de Mar-a-Lago en Floride.

Un voyage du président américain en Corée du nord n’est pas non plus exclu.

L’autre facteur incitatif serait la levée des sanctions de l’ONU contre Pyongyang. Mais là aussi, il y a un fossé, Washington faisant valoir qu’elles ne pourraient disparaître que si la dénucléarisation est complète. Pyongyang veut un allégement par « étapes » à mesure des progrès vers cet objectif.

Une normalisation qui serait bénéfique aux voisins chinois, sud-coréen et japonais, et promettrait des opportunités économiques et commerciales dans la péninsule.

Les défenseurs des droits disent que les violations sont généralisées en Corée du Nord, où jusqu’à 120.000 détenus croupissent dans des camps, et certains se demandent si Donald Trump va évoquer la question.

Le Japon, proche allié de Washington, demande au président américain de parler de ses ressortissants enlevés dans les années 1970 et 1980 pour former les espions nord-coréens à la langue et aux coutumes japonaises.

Pour Brad Adams, directeur pour l’Asie de Human Rights Watch, ce sujet est impératif.

« Le renforcement du dialogue entre la Corée du Nord et les autres pays est positif mais avant de trop s’emballer, il faut se souvenir que Kim Jong-un règne sur le système peut-être le plus répressif au monde. »

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