You are here
Home > Actualités > Après Fidel puis Raul Castro, qui est Miguel Diaz-Canel, le nouveau président de Cuba ?

Après Fidel puis Raul Castro, qui est Miguel Diaz-Canel, le nouveau président de Cuba ?

Spread the love

Après plus de 60 ans de pouvoir exclusif des frères Castro, il sera le premier dirigeant cubain à n’avoir pas connu la révolution de 1959

 Il s’est d’emblée engagé à « poursuivre la révolution ». Miguel Diaz-Canel, un civil de 57 ans, est devenu jeudi 19 avril le nouveau président de Cuba. Désigné unique candidat mercredi, Miguel Diaz-Canel a été comme attendu élu par les députés pour un mandat renouvelable de cinq ans, « avec 603 voix sur 604 possibles, soit 99,83% des suffrages », a annoncé devant l’Assemblée la présidente de la Commission nationale électorale Alina Balseiro.

Dans son premier discours en tant que président du Conseil d’Etat, il a déclaré :

« Le mandat donné par le peuple à cette législature est de poursuivre la révolution cubaine dans un moment historique crucial. »Démarre désormais une transition historique après presque six décennies de pouvoir des frères Castro. Bras droit de Raul Castro, intransigeant avec les dissidents… ce qu’il faut savoir de Miguel Diaz-Canel.

Bras droit de Raul Castro

Numéro 2 du régime depuis 2013, cet apparatchik modèle au profil plutôt discret s’est peu à peu imposé aux côtés de Raul Castro, 86 ans, après avoir gravi dans l’ombre les échelons du pouvoir.

Miguel Diaz-Canel avec Raul Castro en mai 2016 (XINHUA/SIPA)

L’homme qu’on dit abordable, quoique peu souriant et au talent d’orateur relatif, a pris de plus en plus d’espace dans les médias d’Etat et représente fréquemment Raul Castro lors de missions à Cuba et à l’étranger.

« Ce n’est ni un parvenu ni un intrus », dit de lui le président sortant, vantant ses trois décennies de loyaux services et sa « solide fermeté idéologique ».Dans les arcanes du pouvoir cubain, sa qualité de « civil » et son goût pour les jeans et les tablettes numériques détonnent. Il a su se donner une image moderne en se faisant l’avocat d’une ouverture accrue de l’île à internet et d’une presse plus critique.

Derrière cette représentation, il s’est appliqué cependant à éviter toute polémique, n’accordant pas d’interviews et ne s’exprimant que lors d’activités publiques ou dans l’anonymat de réunions à huis clos.

Ses partisans assurent néanmoins qu’il « sait écouter » et insistent sur sa simplicité.

Apôtre du développement d’internet et d’une presse plus critique sur l’île, il a su se donner une image de modernité tout en demeurant économe en déclarations.

Né après la révolution, il succède à 60 ans de castrisme

Né après la révolution, ce civil aux cheveux poivre et sel et au regard perçant aura la lourde tâche de fédérer autour de sa personne, de consolider les acquis de la révolution et de poursuivre la transformation économique esquissée par Raul Castro.

La fratrie Castro a en effet écrit une histoire unique de coopération au sommet, parvenant à résister pendant près de 60 ans à l’adversité de la super-puissance américaine et à l’effondrement du partenaire soviétique, aux conséquences dramatiques pour l’île. Après avoir succédé en 2006 à son frère Fidel, mort fin 2016, Raul Castro a engagé une série de réformes autrefois impensables, comme l’ouverture de l’économie au petit entrepreneuriat privé, et a surtout orchestré un rapprochement spectaculaire avec les Etats-Unis.

Mais de l’avis des observateurs, les réformes ont été trop timides pour relancer une économie encore largement dépendante des importations et du soutien de son allié vénézuélien en plein déclin.

Ingénieur en électronique

Professeur d’université au début de sa carrière, cet ingénieur en électronique est rapidement devenu un cadre du tout puissant Parti communiste cubain (PCC).

En 1994, il est nommé premier secrétaire du PCC dans sa province, alors frappée comme le reste du pays par la crise causée par la coupure des subsides vitaux de Moscou.

En 2003, alors en poste dans la province stratégique de Holguin, riche en matières premières, il fait son entrée parmi les quinze membres du bureau politique du parti, une fonction indispensable à tout aspirant au pouvoir.

D’autres dirigeants de sa génération, tels que l’ex-vice-président Carlos Lage ou les anciens ministres Roberto Robaina et Felipe Perez Roque, ont eu des carrières plus fulgurantes jusqu’à faire figure de dauphins potentiels avant lui, mais l’imprudence les a conduits à la disgrâce.

En mai 2009, Raul Castro, qui a hérité trois ans plus tôt du pouvoir de son frère Fidel malade, le convoque à La Havane pour lui confier le ministère de l’Education supérieure, puis en mars 2012 il accède à l’une des huit vice-présidences du Conseil des ministres.

Ne manquait alors que sa présence au sein du Conseil d’Etat, où il entre spectaculairement en 2013, accédant directement au poste de premier vice-président, soit numéro deux de facto du régime, reléguant au rang de simple vice-président son prédécesseur, le vieux compagnon de route des Castro, José Ramon Machado Ventura, 87 ans.

Intransigeant avec les dissidents

S’il entretient son image progressiste, Miguel Diaz-Canel sait aussi se montrer intransigeant vis-à-vis de la dissidence ou de diplomates trop enclins à critiquer le régime.

Il sait même se montrer inflexible, comme l’a illustré l’année dernière une vidéo que la dissidence a fait fuiter. Dans ce document, il prône devant des cadres du parti l’intransigeance contre les portails internet d’information indépendants, une poignée d’ambassades et bien sûr l’opposition, illégale à Cuba.

Le président sortant l’avait depuis longtemps préparé à assumer les plus hautes fonctions, l’envoyant représenter son gouvernement à l’étranger.

Le plus jeune des hauts dirigeants

Hasard du calendrier, ce père de deux fils fêtera ses 58 ans vendredi.

« C’est le plus jeune parmi les hauts dirigeants, il a de longues années d’expérience, il a été le dirigeant du parti dans deux provinces […] et il a été intégré de manière cohérente dans la vie publique », vante le politologue cubain Esteban Morales.Le nouveau président, qui devra maintenir l’équilibre entre la réforme et le respect des principes essentiels du castrisme, devra d’emblée s’atteler à poursuivre l' »actualisation » d’une économie encore étatisée à 80% et entravée depuis 1962 par l’embargo américain.

Au plan diplomatique, il sera aussi confronté à un antagonisme renouvelé avec l’éternel « ennemi » américain, le président républicain Donald Trump imposant depuis un an un sérieux coup de frein au rapprochement engagé fin 2014. Pour le guider, le parti unique et le Parlement ont préalablement voté des « lignes directrices » qui dessinent les orientations politiques et économiques à suivre d’ici à 2030 et qui lui serviront de feuille de route.

Mais à la présidence du Conseil, Miguel Diaz-Canel deviendra aussi, de fait, le chef des armées, et devra composer avec la vieille garde des commandants « historiques », dont plusieurs pourraient encore occuper de hautes fonctions au sein du PCC et du gouvernement.

Une tâche qui s’annonce ardue pour un homme dont l’expérience militaire se résume à un service de trois ans dans une unité de missiles anti-aériens entre 1982 et 1985.

« Il existe à Cuba une tradition d’hommes forts à la tête de l’Etat », souligne l’expert cubain Arturo Lopez-Levy, professeur à l’Université du Texas Rio Grande Valley.

Or « le profil de Miguel Diaz-Canel apparaît comme plus faible. […] Il n’a pas de pouvoir au-delà de celui qui lui a été donné », ajoute l’universitaire, soulignant aussi son silence sur les thèmes « décisifs pour le pays » tels que l’économie ou la diplomatie.Raul Castro pourra l’accompagner en gardant les fonctions de secrétaire général du parti unique, qu’il n’abandonnera qu’en 2021.

« Raul a l’expérience, le leadership, et la reconnaissance pour conseiller le gouvernement et donner une cohérence au travail politique du parti en fonction des changements à mener », souligne Esteban Morales.

Il nommera ses ministres dans les prochains jours

La nomination des membres du conseil des ministres devrait intervenir dans les prochains jours, mais beaucoup d’observateurs estiment déjà que la nouvelle configuration du pouvoir cubain sera moins centralisée.

Miguel Diaz-Canel « adoptera peut-être un style de direction plus institutionnel et bureaucratique que charismatique et personnel, comme ce fut le cas avec Fidel, puis un peu différemment avec Raul », avance Jorge Duany, le directeur de l’Institut des recherches cubaines de l’université de Floride.

Laisser un commentaire

Top
%d blogueurs aiment cette page :
Aller à la barre d’outils