Emmanuel Macron reporte le sommet de Pau après l’attaque djihadiste au Niger

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Soixante et onze militaires nigériens ont été tués mardi à Inates. Cette attaque souligne les faiblesses actuelles du dispositif sécuritaire dressé par les armées locales et les forces étrangères.

Après les armées du Mali et du Burkina Faso, cibles ces dernières semaines d’attaques de plus en plus meurtrières et audacieuses de la part de groupes affiliés à l’organisation Etat islamique ou à Al-Qaïda, c’est cette fois-ci celle du Niger qui vient de subir ses plus lourdes pertes depuis le début du conflit contre les djihadistes établis au Sahel. Cette attaque souligne les faiblesses actuelles du dispositif sécuritaire dressé par les armées locales et les forces étrangères, principalement les Français de Barkhane, pour contenir la menace.

Mardi 10 décembre, soixante et onze militaires du détachement nigérien du poste de reconnaissance d’Inates situé à 5 kilomètres de la frontière malienne ont en effet été tués dans l’assaut donné contre cette caserne par « plusieurs centaines d’assaillants lourdement armés », selon le ministère de la défense du Niger. L’emprise militaire a d’abord été la cible de tirs d’artillerie puis de véhicules kamikazes avant l’assaut, précise la même source. Les combats menés sur trois des quatre côtés de la base, en majeure partie détruite par les combats, se sont poursuivis pendant près de trois heures. « Un nombre important de terroristes ont été neutralisés et des opérations de ratissage et de poursuite au-delà de la frontière ont été menées », indique également le ministère sans plus de précisions.

Des attaques répétées

Cette base avancée avait déjà fait l’objet, début juillet, d’une attaque revendiquée par l’Etat islamique au grand Sahara (EIGS), soldée par la mort de dix-huit militaires nigériens. Inates est située dans la zone dite des « trois frontières », là où se joignent les limites administratives du Niger, du Mali et du Burkina Faso, et épicentre des violences djihadistes depuis plusieurs mois. Les armées malienne et burkinabée y ont déjà perdu plusieurs centaines d’hommes.

Depuis plus récemment, la partie nigérienne de cette région fait l’objet d’attaques répétées de groupes armés. Mais jusqu’alors ceux-ci privilégiaient l’utilisation d’engins explosifs improvisés disposés sur le tracé de convois militaires plutôt que les attaques frontales contre une armée nigérienne réputée plus aguerrie et davantage organisée que ses deux voisines, au seuil de la déroute. A la différence de Bamako et Ouagadougou, Niamey avait ainsi renforcé sa présence militaire sur ses frontières occidentales.

Par ailleurs, confirmant la pression des groupes armés, on a relevé ces derniers temps, dans cette même zone, l’assassinat de plusieurs chefs traditionnels locaux qui ne leur étaient pas acquis. A l’instar de ce qui se passe régulièrement au Mali et au Burkina Faso pour terroriser les populations. Mardi, le gouvernement nigérien a d’ailleurs prorogé pour une période de trois mois l’état d’urgence décrété depuis 2017 dans plusieurs départements de cette région pour « lutter contre les attaques djihadistes ». Jeudi, le président Mahamadou Issoufou, revenu précipitamment d’Egypte où il participait à une Conférence sur la paix durable, la sécurité et le développement en Afrique, devait également réunir un conseil de sécurité extraordinaire.

Macron reporte le sommet de Pau

L’onde de choc de l’attaque d’Inates a également atteint la France qui, en raison de ces circonstances, a décidé de « reporter au début de l’année 2020 » le sommet extraordinaire que la France avait prévu d’organiser, le 16 décembre à Pau, autour des présidents du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Niger, Burkina Faso et Tchad), nous a indiqué une source diplomatique française. L’un des objectifs de cette réunion – initialement précipitée par la mort, le 25 novembre au Mali, de treize militaires français de Barkhane – est notamment « d’élaborer une feuille de route [politique et sécuritaire] pour inverser le rapport de force défavorable notamment dans la zone des trois frontières », indique l’Elysée.

Ce constat était établi avant même que l’on prenne la pleine mesure de l’attaque d’Inates. Mais Paris s’inquiétait déjà « du décrochage des armées du Mali, du Burkina Faso et aussi du Niger qui ont enregistré des attaques très violentes contre leurs casernes ». Pour pallier ces faiblesses, le président Emmanuel Macron avait notamment avancé l’idée, le 12 novembre à l’issue d’une rencontre avec les présidents du Tchad, du Mali et du Niger, de déployer des soldats tchadiens dans cette zone. Ce projet, qui ne fait pas l’unanimité compte tenu du passif de Ndjamena lié à ses méthodes d’intervention pour le moins expéditives, reste à confirmer. Il devrait être sur la table des discussions lors du sommet du G5 remis « à début janvier » mais qui devrait toujours être dominé par le même sentiment d’urgence.

Ce report devrait aussi permettre d’atténuer les réticences de certains participants froissés par la forme empressée utilisée par Paris pour formuler cette « invitation » plutôt perçue comme une « convocation de l’ancienne puissance coloniale ».

Christophe Châtelot

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