La Force de Réaction Rapide (FSRR) du Sénégal fait la guerre au Mali à la demande de la France

Oumar Kane
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Le film des événements de la défaite cuisante des Forces Armées Maliennes (FAMAs), à l’issue de la rageuse bataille de Niafunké, entérine l’agonie de l’État du Mali, préfigure l’émiettement du pays et hypothèque la stabilité du Sahel et de ses environnants immédiats. Une hypothèse encore plus probable car, presque boutées hors d’Irak et de Syrie les organisations terroristes jadis actives au Moyen Orient cherchent et chercheront indubitablement de nouveaux territoires d’où opérer dont, entre autres, le Sahel où elles ont déjà des ramifications.

Pour l’heure, voici le récit de l’affrontement très meurtrier autour du camp militaire de Soumpi où l’Etat-major de Bamako a perdu le verrou du Macina, cette zone qui est, à la fois, le grenier et la jointure des régions de Ségou, de Mopti et de Tombouctou, c’est-à-dire la passerelle terrestre ou le couloir vital entre le Nord et le Sud du Mali.

Les éléments d’informations qui constituent la trame du récit ci-dessous, sont collectés auprès de sources journalistiques, diplomatiques (notamment les attachés militaires) et sécuritaires, à Bamako.

« L’attaque a débuté à l’aube du samedi 27 janvier, entre 5H et 5H 30 du matin. Une noria de véhicules « tout-terrain » équipés de mitrailleuses 12,7, chargés de mortiers, de lance-roquettes… et bourrés d’assaillants se sont scindés en quatre groupes, pour prendre en étau, le camp militaire. Tirs d’obus et rafales de mitrailleuses qui ont fait un nombre important de victimes.

Les soldats maliens ont riposté vigoureusement avec tout l’arsenal et tous les moyens disponibles : armes lourdes, armes légères, peloton de la Garde nationale embarqué sur pick-up et voltigeurs-grenadiers. Combats violents, jusqu’au corps-à-corps, qui ont duré 1H 30mm, sans répit.

Au vu du nombre de morts, de blessés et au constat de l’épuisement inexorable des munitions, les Colonels Daoud Ould Mohammedine et Abass Dembélé, respectivement chefs des régions militaires frontalières de Mopti et de Tombouctou, ont ordonné le repli, afin de stopper le carnage.

Pourtant, Mopti abrite la base aérienne 102 de Sévaré d’où peuvent décoller les nouveaux aéronefs et hélicos fraichement achetés par IBK. Les soldats se sont repliés hors du camp ; les terroristes ont pris le contrôle du bastion qu’ils ont pillé, jusqu’à 8H, avant de se replier vers la Mauritanie. Les assaillants ont emporté toute une rame de véhicules de l’armée malienne. De quoi créer une compagnie motorisée ».

Il va sans dire que le choc, l’abattement et le traumatisme sont patents à Koulouba (siège de la Présidence) et dans les milieux politiques à Bamako. Le Président Ibrahim Boubacar Keita a dû même annulé son déplacement au siège de l’UA, à Addis-Abeba.

Selon plusieurs sources concordantes, deux groupes de terroristes bien identifiés ont participé aux combats. Il s’agit de la Katiba du djihadiste Amdane Walid El Sahraoui (un des leaders de l’Etat Islamique au Grand Sahara) et des combattants opérant sous la bannière du groupuscule radical dénommé Nustra Al Islam Wal Muslimine. Un petit groupe très radicalisé et efficacement encadré par des djihadistes venus de l’Etranger, sous le commandement du Touareg malien ou azawadien Iyag Ag Ghaly.

L’enquête, en cours, de la Sécurité d’Etat (services de renseignement du Mali), révèle progressivement toute une panoplie de nationalités, en provenance de Syrie. Afin de préserver le moral de l’armée et celui du peuple malien, il est préférable de taire le nombre exact et élevé de victimes la bataille de Soumpi.    

C’est dans cette conjoncture tragiquement dégradée que le président Macky Sall dont le pays n’est pourtant pas membre du G5 – à la demande de la France et avec la bénédiction de l’ONU – a projeté une Force de Réaction Rapide (unités terrestres et aéromobiles) sénégalaise, à Mopti, le nouvel épicentre de l’offensive terroriste. Formée d’éléments issus du contingent sénégalais de la MINUSMA et de détachements anciennement logés à l’ONUCI-Côte d’Ivoire, la Force Sénégalaise de Réaction Rapide (FSRR) est déjà en patrouille et en mission d’aération de zones, au profit de toutes les unités déployées dans le centre du Mali. Il y a deux semaines, les forces sénégalaises ont eu un premier contact avec l’ennemi, dans le secteur infernal de Boni, où un car de forains en provenance du Burkina, a sauté sur une mine.

Après avoir déjoué une attaque à l’Engin Explosif Improvisé (IED), les soldats sénégalais ont ouvert un feu nourri sur les terroristes qui ont détalé.

L’appel du Sénégal à la rescousse, alors même qu’il ne fait pas partie du G5, autorise que l’on se pose un certain nombre de questions légitimes notamment sur l’appréciation réelle que fait la France du G5 dont j’avais personnellement, à travers plusieurs publications, dénoncé la création et prédit l’échec.

Il est évident, qu’au vu de l’agonie lente mais inexorable du Mali et de la volatilité sécuritaire dans autres pays du G5, les perspectives d’avenir au Sahel, pour l’instant, sont sombres.

À cet égard, ira-t-on vers un renforcement de la FSRR et une reconfiguration de la mission des forces sénégalaises à Mopti, dans le sens d’un engagement plus officiel et transparent?

Si cela devait arriver, le Sénégal devrait faire attention à des risques d’enlisement ! OPEX à Bamako, OPIN à Boffa-Bayottes : Le double engagement sur deux théâtres d’opérations potentiellement coûteux en vies humaines, est-il supportable, à long terme, pour l’armée sénégalaise?

En outre, la Force Sénégalaise de Réaction Rapide – non formellement issue d’une résolution des Nations-Unies – reste dans un flou juridique, du fait de sa triple qualité d’excroissance de la MINUSMA, de trouvaille de la France et d’instrument, en apparence, géopolitiquement payant pour le Sénégal. Car, épauler le Mali confronté au déchiquetage méthodiquement programmé de son territoire et de ses institutions, signifie – dans une logique d’anticipation stratégique – sécuriser, une sorte de zone-tampon, à l’Est du Sénégal. Voler au secours du Mali, c’est, aussi, défendre le barrage de Manantali, une propriété co-financée et commune aux quatre Etats de l’OMVS.

La situation au Mali – un pays assailli de malheurs, un État en voie de désintégration – a engendré une relecture des enjeux globaux au Sahel. Elle en appelle à une révision doctrinale et stratégique d’autant plus nécessaire et pressante que des voix s‘élèvent pour dénoncer le bilan mitigé de l’opération BARKHANE. Un bilan, en demi-teinte, illustré par des accrochages qui ont ponctué la date-anniversaire de l’opération SERVAL.

Bref, on nous apprend que la France veut réduire sa présence au sol. A cet effet, Macron a forgé un concept à la hauteur des subtilités, des nuances, des emphases et des duplicités caractéristiques de la doctrine de politique africaine de la France, notamment celle qui est en vigueur dans la bande sahélo-saharienne.

La terminologie est ainsi joliment déclinée : « Le transfert de gestion du défi sécuritaire aux pays de la sous-région ».

L’ingénieuse et séduisante formule caresse la souveraineté des pays sahéliens dans le sens du poil, mais camoufle et consacre l’hégémonie de la France. Concrètement, Paris envisage incessamment une ré-articulation (synonyme d’allègement) du dispositif originel de BARKHANE, en se cantonnant à des opérations chirurgicales et ponctuelles.

La démarche prendra forcément des allures d’exit strategy. Toutefois, les enjeux derrière la présence de la France au Sahel, proscrivent l’hypothèse accélérée d’un démantèlement de BARKHANE.

Le jeu de bascule est évident et cynique : éviter une déstabilisation généralisée du Sahel, tout en tolérant une insécurité circonscrite, très compatible avec une grande pénétration économique et une présence militaire peu volumineuse donc peu coûteuse, mais largement inscrite dans la durée.

Le réexamen de la politique sahélienne de la France (un mélange de maillage économique et sécuritaire) intervient à un moment où les Etats européens se ruent vers le Sahel, en ciblant le Niger qui devient le nouveau Djibouti ouest-africain.

En effet, les lendemains incertains et alarmants du Mali ont, d’ores et déjà, contribué à une surévaluation de la position stratégique du Niger dans les pays de l’hinterland sahélienne.

La France y possède deux bases militaires : une escadrille de Mirage à Niamey (Niamey est plus sûre que Gao) et des fantassins à Madama, en plein désert du Ténéré. De son côté, l’Allemagne a fixé son choix sur l’Ouest du Niger, en vue d’y installer – c’est imminent – une base d’appui à la MINUSMA.

La liste européenne n’est pas bouclée ; puisque les soldats italiens encore présents en Irak et en Afghanistan seront prochainement dirigés sur le Niger.

Les enjeux sahéliens ont également attiré l’US Army. Washington a installé une base de drones à Agadez et renforce constamment sa coopération militaire avec le Niger, aussi bien en effectifs (nombre croissant d’instructeurs américains) qu’en équipements fournis à l’armée nigérienne.

Comme on le voit, les enjeux du Sahel sont considérables. Ceci permet de constater, que les États cachent, surtout à leurs peuples, l’Histoire et les intérêts des guerres. Celle qui est censée être menée contre les terroristes, au Sahel, n’a pas encore révélé tous ses secrets.

Apparemment, le Sahel semble plus intéresser  les pays européens et les USA que les pays du Sahel eux-mêmes. Encore un de ces nombreux paradoxes qui caractérisent l’Afrique. Paradoxe qui nous autorise à nous poser des questions dont celles-ci:

Serait-ce de l’insouciance ou de l’irresponsabilité de la part des dirigeants?

Ou serait-ce par myopie stratégique ou manque de vision de ces mêmes dirigeants?

À chacun de méditer sur ces interrogations!!!

Jean-Baptiste Toubo Tanam Natama

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