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Ibou Thiombane: « Les services de l’Ambassade de France ont décidé de torpiller insidieusement notre ambitieux projet… »

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Organiser
un spectacle à Paris avec des artistes sénégalais relève d’un véritable
parcours du combattant. Le jeune promoteur Ibrahima Thiombane,
Directeur du label Domou Jolof, dit son spleen à travers cet entretien
et interpelle l’Etat face au mépris des autorités consulaires de
l’Ambassade de France. Entretien avec un homme en colère qui compte
mener un combat de manière frontale pour continuer à se mouvoir dans ce
domaine qui le passionne énormément.

M. Thiombane, parlez- nous de votre dernière actualité ?

Je travaille depuis plus de six mois
sur l’organisation du Festival « Teranga Sénégal » qui devrait se tenir
le weekend pascal à Paris. C’est le premier festival regroupant plus de
trente artistes sénégalais. Dès lors que Paris n’avait pas encore un
festival entièrement dédié à la musique sénégalaise, nous avions pensé
en organiser afin de réunir sur un même plateau des artistes confirmés
et des jeunes talents. Il fallait surtout mettre en évidence le travail
de nos femmes artistes et des jeunes. C’est un concept innovant qui met
sur scène des adeptes de plusieurs styles de musique. Les artistes
suivants devraient y participer : Nitdoff, Dip, Simon, Safari, Suadu,
Neega Mass, Sidyson, Ness, Job sa Brain & Cherifou, viviane, Pape
Ndiaye Thiopet, Aida Samb, Sidy Diop, Momo Dieng, Thiat Seck, Tarba
Mbaye, Dieyna. Mais également une soirée Spécial Pâques avec Fulgence
Gackou en concert live suivi d’un Nguel avec Do Mama & Dokostyle.
Last but not least, Pape Diouf, Assane Ndiaye, Salam, Pape & Cheikh,
Yoro Ndiaye, Daba Seye, Pendo etc. Malheureusement, les services de
l’Ambassade de France ont décidé de torpiller insidieusement cet
ambitieux projet.

Quelle a été la réponse du Consulat?

Avant d’en venir là, la première
difficulté à laquelle nous avons fait face concerne le domaine du
sponsoring. Malgré nos nombreuses demandes, nous n’avons pas pu réussir à
décrocher des sponsors. Ce qui plombe considérablement notre démarche
car les dépenses sont très élevées. Ensuite, figurez- vous que certaines
têtes d’affiches, qui ont eu à sillonner le monde entier, ont vu leurs
demandes de visas rejetées… Encore plus étonnant, le consulat de
France a répondu à toutes nos attentes de traitement des dossiers. Et
c’est pour procéder à un refus de manière systématique et arbitraire de
celles- ci. Le Consulat a réussi ce qu’aucune administration en France
n’a réussi à ce jour. C’est-à-dire, de délivrer des refus à la date du
04 février 2019 pour des demandes qui n’ont été déposées qu’à partir du
20 mars 2019. Qui a dit que l’administration est avant tout une
anticipation? Cela confirme que les réponses sont déjà prévues même
lorsque les services culturels et administratifs ont été informés de
manière précautionneuse et détaillée par nos représentants via des
dossiers et courriers d’explication…

Vous en déduisez que les refus étaient programmés ?

Bien sûr ! Il faut convenir qu’il
est de plus en plus difficile pour nous, jeunes producteurs sénégalais,
d’organiser à Paris. Les courriers de refus ont été envoyés aux
intéressés à dessein une semaine avant la date de l’événement afin
d’empêcher tout recours. Le Festival Teranga Sénégal rassemble le plus
grand nombre de musiciens. Un melting-pot culturel. La culture étant
l’élément majeur de la souveraineté d’un pays, la France ne veut- elle
pas de la culture du Sénégal, pays ami, allié et partenaire s’il en est ?

Quelles sont les conséquences qui découlent de ce refus ?

Cette annulation me fera perdre de
l’argent placé dans des avances financières étant donné la négligence
avec laquelle nos demandes ont été traitées en faisant de l’abus de
pouvoir. Les raisons des refus avancées, présupposant que « vous ne
seriez pas certains du retour des demandeurs » sont purement irréalistes
et fantaisistes. Surtout s’agissant d’artistes dont la carrière est
déjà lancée et qui d’ailleurs pour certains, ont déjà eu des visas
délivrés par ces mêmes services du Consulat. Cette image est infâme et
dégradante pour une entité représentant la France, un pays qui encourage
l’entreprenariat et les initiatives socioculturelles. Cette puissante
administration se permet de détruire des carrières, saboter des projets
qui ont pris plusieurs mois à toute une équipe impliquée dans ce
travail, se permettant de jeter le soupçon systématique sur les
demandeurs. En réalité, la majeure partie du programme de notre
évènement est totalement anéantie par cette décision brutale et cela ne
devrait pas surprendre vue l’importance capitale que revêt la fête de
pâques dans notre communauté… Nous sommes persuadés que ce consulat
fait tout pour nous faire payer des procédures de visa inutilement car
cela rapporte de l’argent…

Pourquoi avez-vous choisi d’organiser ce festival en ce moment précis

Domou Joloff est en charge de
l’évènement Festival «TERANGA SENEGAL» 2019 aux Docks de Paris. Ce
festival est organisé en prélude de l’organisation de la saison des
Cultures Africaines qui se tiendra en France en 2020 et dont M. le
Président Emmanuel Macron avait lancé les bases en fin 2017 à
Ouagadougou. Pour faciliter les demandes de visas auprès des services du
Consulat de France, nous avons pris soin de fournir une description
détaillée de notre manifestation publique, il y’a de cela plusieurs
semaines…

Pourquoi sentez-vous le besoin de porter cette affaire privée sur la place publique ?

C’est pour dénoncer cette forme
d’iniquité que rien ne justifie. La France engrange des dizaines de
milliards sur les frais de visas non remboursables. C’est vraiment
regrettable que personne ne dénonce cet abus. Les engagements financiers
à notre niveau sont lourds. Et partant du principe que la production
musicale est une activité commerciale qui amène un bénéfice mutuel entre
la France et le Sénégal, nous sommes les jouets d’une attente sans
justification de réponse positive ou négative alors que nous avons fait
une campagne de communication en France et au Sénégal à travers des
télés nationales et que les billets sont en vente actuellement dans tous
les points de ventes habituels. De plus, les réservations d’avion ont
été décalées au maximum possible afin de respecter les délais de
traitement des dossiers localement. Sans compter les dommages de risque
d’annulations des réceptifs hôteliers, et la déception du public. Ceci,
étant donné que nous devons organiser des évènements en nous fondant sur
des « probabilités » alors que nos engagements financiers seront des
demandes fermes et parfois non remboursables comme les frais de visa. Il
faut vraiment que la donne change car trop, c’est trop

Est-ce parce que vous aviez
déjà eu des antécédents avec les autorités consulaires françaises
qu’elles ont refusé de vous accorder ces visas ?

Non, pas du tout ! Nous sommes des
professionnels confirmés. Notre label organise depuis environ quinze ans
des manifestations fondées sur la crédibilité de notre travail. Il se
heurte chaque année au même écueil venant des délais de traitement des
demandes de visas «affaires» puisqu’il s’agit de production musicale, en
nous faisant perdre de l’argent systématiquement. Pour mémoire, voici
quelques évènements sur lesquels nous avons rencontré des difficultés
financières en raison des problèmes antérieurs de visas vérifiables
auprès des services consulaires. Nous vous rappelons que toutes les
personnes qui ont obtenu ces visas ce sont présentées à leur retour à
l’Ambassade de France. Pour votre information, l’immobilisation des
passeports au consulat a entrainé des annulations de contrat pour
certains des artistes. Nous ne sommes pas des novices ou des amateurs.
On a déjà organisé en avril 2018 le Grand Bégué de Pape Diouf et 42
visas ont été accordés. En octobre 2015, nous avions organisé le Concert
de Coumba Gawlo avec juste 16 visas accordés. Le préjudice de 3 400
euros dus aux visas reçus tardivement pénalités des changements de
billet d’avion. En avril 2017, au cours du Hip Hop Galsen à Paris, seuls
65 visas accordés avec un déficit de 21 700 euros. Le concert était
annulé et reporté au lendemain. Ce qui fait que la location de la salle,
les billets et frais d’hôtel étaient simplement perdus. Il en est de
même pour le « Nanga def », la tournée Sidy Diop. Au finish cela fait 5
concerts annulés qui m’ont fait perdre 24 300 euros liés aux préjudices
estimés par les diffuseurs et aux billets d’avion perdus plus 32 500
euros de chiffre d’affaires perdus. Cette situation doit cesser car on
fait face toujours à ces problèmes là et l’Etat est au courant

Qu’espérez-vous en menant cette campagne médiatique ?

Je suis de nouveau dans l’obligation
de faire part au grand public de la situation dramatique et intenable
dans laquelle nous sommes systématiquement placés en restant dans un
silence où aucune idée de la réponse donnée à ces visas ne nous est
transmise. Nous sommes contraints de trouver des solutions de dernière
minute suite à la non- délivrance des visas de nos artistes dans les
délais. Ainsi que des probables refus de certains visas que le Consulat
nous fera savoir en dernière minute voire après l’événement. Je rappelle
également qu’à cause des délais aberrants qui nous sont imposés, j’ai
dû en 2017 annuler la date de l’évènement car les visas ont été délivrés
la veille du concert à 20h. Dans un délai si court que nos places
d’avion ont été perdues… On constate que tous nos artistes engagés
rentrent toujours depuis 15 ans. J’interpelle l’Etat du Sénégal pour
régler définitivement ce problème.

Avez-vous saisi les autorités sénégalaises pour essayer de trouver une solution à cette fâcheuse situation ?

On fait toujours appel à nos autorités. Que ce soit les ministères de la Culture ou celui des Affaires Etrangères, mais rien ne bouge. Il est vrai que parfois, elles nous aident à décanter une situation ponctuelle. Mais cela ne suffit pas. C’est juste en dernière minute et cela nous pose d’énormes problèmes. Aujourd’hui, j’interpelle l’Etat du Sénégal. J’interpelle le Président Macky Sall et lui demande solennellement de réagir par rapport à cette situation. Nous, les producteurs, ne devons pas être seuls dans ce combat. La situation est intenable car non seulement nous nous battons pour promouvoir notre culture, nous engageons d’énormes sommes d’argent et nous ne pouvons pas continuer à nous battre seuls contre une lourde entité comme l’Ambassade de France. Cette dernière encaisse impunément l’argent des demandeurs de visa et traitent les dossiers comme bon leur semble sans rendre de compte à personne. Ils ne daignent même pas échanger avec nous autres producteurs. Pourtant, ils sont bien chez nous et cela ne les empêche pas d’afficher un mépris certain. Ce comportement est intolérable. J’interpelle l’Etat à mettre un terme à cette situation et à nous aider à remédier à tout cela.

Dakarmatin

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