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James Comey règle ses comptes avec Donald Trump

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 Dans un livre à paraître mardi, l’ancien directeur du FBI brosse un portrait sans pitié du président qui l’a limogé, le comparant à un parrain de la mafia.

 

L’ouvrage était censé être protégé par le secret comme un volume de Harry Potter.L’éditeur avait prévu de n’adresser les exemplaires aux libraires qu’au dernier moment pour éviter les fuites. Cela n’a pas empêché le Washington Post (propriété du patron d’Amazon, Jeff Bezos) et le New York Times de publier dès jeudi soir leurs comptes rendus du livre très attendu de James Comey, cinq jours avant sa parution.

A Higher Loyalty (une loyauté supérieure), sous-titré «Vérités, mensonges et leadership», constitue la vengeance froide et méthodique d’un homme porté par une haute opinion de lui-même et de sa mission publique. Le récit des six mois durant lesquels l’ancien directeur du FBI a eu affaire à Donald Trump, avant d’être limogé par lui le 9 mai 2017, ne contient pas de nouvelles révélations fracassantes: les étapes de cette «tragédie grecque» avaient déjà été exposées lors de dépositions sous serment devant le Sénat. Ses 304 pages valent surtout par la précision des faits rapportés et, selon les commentateurs, par le talent de l’auteur, un ancien procureur habile au maniement des mots.

Cette lecture «captivante» revient sur chaque entretien entre le président et le haut fonctionnaire. Depuis leur première rencontre, peu après l’élection, dans la Trump Tower à New York, où James Comey a la mission délicate d’informer le futur président qu’un «dossier» sulfureux mais non vérifié circule à son sujet, alléguant de pratiques sexuelles compromettantes supposément filmées par les services russes à Moscou en 2013. Jusqu’à un dîner en tête-à-tête à la Maison-Blanche en février 2017, où Donald Trump demande à James Comey sa «loyauté». Celui-ci lui promet seulement son «honnêteté», estimant ne devoir fidélité qu’à la Constitution et à la loi – d’où le titre du livre.

 

À ces faits déjà connus, James Comey ajoute ses observations et jugements de valeur. Du haut de ses 2,07 m, il toise le président de 1,92 m et note que ses mains sont plus petites que les siennes, quoique «pas anormalement» (la taille de ses attributs physiques semble un sujet de préoccupation constant pour Donald Trump). Il décrit son visage «légèrement orangé, avec des demi-lunes brillantes sous les yeux», apparemment la marque de lunettes de protection des cabines de bronzage, sans oublier «sa chevelure blond doré, coiffée de façon impressionnante, qui, après inspection, semblait lui appartenir».

Voilà pour l’extérieur. Le reste est plus sombre. Évoquant l’époque où il luttait contre la famille Gambino, James Comey compare les mœurs du clan Trump avec celles de la mafia. «Le cercle silencieux d’approbation. Le boss qui contrôle tout. Les serments d’allégeance. La vision antagoniste du monde – eux-contre-nous. Le mensonge à propos de toute chose, grande et petite, au service de quelque code de loyauté qui place l’organisation au-dessus de la moralité et au-dessus de la vérité.» Le jour où Donald Trump lui demande soumission, le directeur du FBI pense à «la cérémonie d’initiation de Sammy le Taureau au sein de la Cosa Nostra, avec Trump dans le rôle du parrain.»

James Comey dit qu’il ne l’a jamais vu rire, un trait qui lui semble «la marque de sa profonde insécurité, de son incapacité à être vulnérable ou à se risquer à apprécier l’humour d’autrui, ce qui, à la réflexion, est vraiment triste chez un dirigeant, et un peu effrayant chez un président.» Cela ne le retient pas d’exercer son ironie contre ce président qui «déverse un torrent de paroles sur un rythme de scie sauteuse» ou qui semble ignorer le sens du mot «calligraphie».

Si James Comey s’alarme du «feu de forêt qu’est la présidence Trump», c’est parce qu’à son avis «ce qui se passe n’est pas normal, ce n’est pas de l’info bidon, ce n’est pas OK. (…) Notre pays traverse une période dangereuse, avec un environnement politique où les faits les plus simples sont contestés, où la vérité élémentaire est mise en doute, où le mensonge est banalisé, le comportement malhonnête ignoré, excusé ou récompensé.» Au passage, le justicier n’est pas tendre avec l’Attorney General Jeff Sessions, «à la fois submergé et surclassé par la fonction», qui a failli dans sa mission de s’interposer pour garantir l’indépendance du FBI.

 

L’autocritique est brève, James Comey écrivant qu’il peut être «entêté, orgueilleux, suffisant et mené par son ego.» Il affirme avoir cru bien faire en intervenant deux fois dans la campagne, en juillet et fin octobre, 11 jours avant le scrutin présidentiel, d’abord pour blanchir Hillary Clinton tout en critiquant sévèrement son usage d’une messagerie privée au département d’État, ensuite pour annoncer la relance de l’enquête à la faveur de nouveaux courriels… «Il est très possible que, prenant des décisions dans un contexte où Hillary Clinton était sûre d’être la prochaine présidente, j’ai craint de la rendre illégitime en cachant la reprise de l’enquête.»

Le résultat est en tout cas remarquable pour un homme qui a toujours mis un point d’honneur à s’opposer au pouvoir: le voilà détesté par les deux camps. Donald Trump n’a pas réagi jeudi soir, mais le Parti républicain a créé un site Internet spécialement dédié à décrédibiliser Comey-le-menteur: https://lyincomey.com/. L’ancien directeur du FBI entamera dimanche une série d’interviews jusqu’à la fin du mois sur toutes les chaînes américaines. La Maison-Blanche n’a pas prévu de riposte ordonnée, anticipant qu’un tweet du président ruinerait probablement n’importe quelle stratégie.

Lefigaro

 

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