L’ONU condamne la position américaine sur Jérusalem; le Canada s’abstient

Bamba Sow
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En dépit des menaces américaines, la résolution condamnant la reconnaissance par Washington de Jérusalem comme capitale d’Israël a été adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU. Un total de 128 pays membres se sont prononcés pour la résolution, 9 ont voté contre et 35 pays, dont le Canada, se sont abstenus.

Parmi les 128 pays qui ont appuyé la résolution, on retrouve 22 des 28 pays de l’Union européenne, dont le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne.

Outre les États-Unis et Israël, les autres pays qui ont rejeté la résolution sont de petits pays comme le Togo, Palau, les îles Marshall, le Guatemala et le Honduras.

Des 35 pays qui se sont abstenus, outre le Canada, on retrouve l’Argentine, la Hongrie, le Mexique et la Pologne, notamment.

Les États-Unis avaient pourtant multiplié les menaces et les pressions pour éviter de subir un deuxième revers diplomatique devant l’ONU, quelques jours seulement après la rebuffade essuyée par le président américain Donald Trump au Conseil de sécurité sur le même enjeu.

« Ils prennent des centaines de millions de dollars et même des milliards de dollars et, ensuite, ils votent contre nous », a fulminé le président Trump, à la veille du vote de l’Assemblée générale. « Laissez-les voter contre nous, nous économiserons beaucoup, cela nous est égal. »

« Nous noterons les noms », dit l’ambassadrice américaine

L’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Haley, a de son côté multiplié tweets, lettres et courriels pour tenter d’infléchir la volonté des pays tentés d’appuyer la résolution. « Les États-Unis noteront les noms », a-t-elle menacé dans l’un de ses tweets. « Le président observera attentivement ce vote et il a demandé que je lui signale les pays qui auront voté contre nous », a renchéri la diplomate dans une lettre.

Quelques heures après le vote, Mme Haley a effectivement publié sur Twitter les noms des pays s’étant abstenus ou ayant voté contre la résolution, disant les « apprécier […] de ne pas avoir succombé aux manières irresponsables de l’ONU ».

 
Plus tôt, en prenant la parole devant l’Assemblée générale de l’ONU avant le vote, l’ambassadrice américaine a clairement exprimé ses menaces. « Les États-Unis se souviendront de cette journée où ils ont été isolés pour être attaqués à l’Assemblée générale simplement pour avoir exercé leur droit en tant que nation souveraine », a-t-elle pesté. « Ce vote changera la perception qu’ont les États-Unis de l’ONU et des pays qui lui manquent de respect, a-t-elle poursuivi. Nous nous en souviendrons. »
Les pressions américaines ont stupéfait plusieurs diplomates de l’ONU. « Ce n’est pas comme ça que ça marche, on vote sur des principes », a confié un ambassadeur asiatique à l’ONU sous couvert de l’anonymat. « On ne peut pas voter A pendant des années et voter soudainement B », a ajouté un de ses collègues d’Amérique latine.

Le porte-parole du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Nabil Abou Rdainah, affirme que l’adoption de la résolution de l’ONU « est une victoire pour la Palestine ». « Nous poursuivrons nos efforts au sein de l’ONU et sur toutes les tribunes internationales pour mettre fin à l’occupation et pour établir notre État palestinien avec Jérusalem-Est comme capitale », a poursuivi le porte-parole de M. Abbas.

Le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, s’est également dit satisfait du nombre de pays qui ont refusé de cautionner la résolution de l’ONU condamnant la reconnaissance de Jérusalem comme capitale de l’État hébreu. Outre les 35 pays qui se sont abstenus, 21 autres se sont absentés lors du vote à l’Assemblée générale.

« En Israël, nous rejetons cette décision de l’ONU et réagissons avec satisfaction face au nombre important de pays qui n’ont pas voté en faveur de cette décision », a affirmé M. Nétanyahou dans un communiqué publié par son bureau.

L’abstention canadienne

Les menaces américaines ont placé la diplomatie canadienne dans une position difficile en raison de la proximité des deux pays et de l’importance américaine pour l’économie canadienne. Les pressions américaines à l’ONU interviennent au moment où les deux pays renégocient les termes de l’ALENA.

Le Canada est fermement engagé à l’établissement d’une paix juste, étendue et durable au Moyen-Orient, qui comprend la création d’un État palestinien vivant côte à côte avec l’État d’Israël, dans un climat pacifique et sécuritaire.

« Notre position de longue date est que la question du statut de Jérusalem ne peut être résolue que dans le cadre d’un règlement général du conflit israélo-palestinien », a déclaré un porte-parole de la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland. « Cela a été la position des gouvernements successifs, autant libéraux que conservateurs. »

En s’abstenant, le Canada évite également de se ranger derrière Israël et les États-Unis, une position qui lui aurait aliéné plusieurs votes dans sa quête de décrocher un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité.

Le Canada privilégie une solution à deux États – un État palestinien et l’État d’Israël – et il continuera de travailler « afin de favoriser un climat nécessaire permettant aux parties de trouver une solution », précise le bureau de Mme Freeland.‎

Selon l’ancien diplomate Ferry de Kerckhove, aujourd’hui professeur à la Faculté des Sciences sociales de l’Université d’Ottawa, cette situation est compliquée pour les Canadiens.

« Connaissant Donald Trump, il aurait voulu que le Canada dise non, franc et massif, a-t-il affirmé. Autrement dit, ménager la chèvre et le chou ne nous avantage pas du côté des Américains et ne nous fait pas beaucoup d’avantages non plus du côté des Européens. »

Les partis d’opposition mécontents

À Ottawa, la position du gouvernement a suscité des réactions partagées des partis d’opposition.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a critiqué l’abstention canadienne, estimant qu’il « est honteux que le gouvernement libéral refuse de soutenir les deux alliés importants que sont Israël et les États-Unis ».

 

À l’opposé, la porte-parole du Nouveau Parti démocratique en matière d’Affaires étrangères, Hélène Laverdière, estime que « le Canada a manqué de courage » en ne votant pas en faveur de la résolution.

« À chaque fois que vient le temps de prendre une action concrète, le Canada répond absent », a-t-elle déclaré.

Deuxième rebuffade

Les États-Unis avaient essuyé un cuisant revers diplomatique lundi, lorsqu’ils avaient été désavoués par les membres du Conseil de sécurité. Tous s’étaient prononcés en faveur d’une résolution réclamant la révocation de la décision du président Trump sur le statut de Jérusalem.

Seul le veto américain avait empêché le Conseil de sécurité d’adopter le texte de la résolution présentée par l’Égypte.

C’est « une insulte et un camouflet que nous n’oublierons pas », avait affirmé Mme Haley en remettant en question le soutien financier américain envers la population palestinienne.

Le président Trump a reconnu Jérusalem comme la capitale d’Israël le 6 décembre dernier.

 

RADIO-CANADA

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