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Mali : Kidal dans la fièvre de l’or

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Mali : Kidal dans la fièvre de l’or

REPORTAGE.
On ne le sait pas toujours mais réputé pour son insécurité, Kidal est
aussi un haut lieu de prospection aurifère où se croisent groupes armés,
acteurs économiques et aventuriers.

« C’est simple, tu cherches l’or avec ton détecteur, tu creuses peu
profond et tu trouves ! Moi, j’ai acheté deux moteurs, un marteau
piqueur, du carburant, de l’huile, du charbon pour faire fonctionner
tout ça, j’ai tout donné à des cousins, quand ils partent chercher l’or,
si ils trouvent, on partage ça ! », raconte avec enthousiasme Youssouf
(le nom a été modifié), un touareg de Kidal, assis dans ce petit
restaurant-snack du quartier Sira Koro à Bamako.

Le jeune kidalois au chèche couleur sable, arrivé depuis quelques
heures seulement dans la capitale, apprécie sa boisson fraîche autant
que les centaines de milliers de franc CFA, dans sa poche, rapidement
gagné en vendant quelques dizaines de grammes d’or, extrait des sables
du sahara, souvent par plus de 40 degrés, à la sueur du front.

« À Bamako, quand t’arrives pour vendre ton or,
en 2 heures tu as l’argent. Il y a beaucoup de monde là-dedans, il y a
beaucoup de gens qui ce sont enrichis, car il y a de l’or dans la
région, chaque semaine on découvre un nouvel endroit, après c’est selon
ta chance », poursuit-il.

Mali, Niger, Burkina faso : des pays dans la course à l’or

À plus de 1500 km de la capitale, à Kidal au nord du Mali, depuis la
fin de l’année 2017, la prospection artisanale de l’or s’est
intensifiée, charriant un flux important d’orpailleurs locaux comme
étrangers provenant de divers pays africains, équipés de détecteurs de
métaux, de marteau piqueur, de pioches, de pelles, de compresseurs,
appatés par cette nouvelle manne financière disponible à ciel ouvert.

« Kidal n’a fait qu’emboîter le pas des pays voisins. Tout est parti
du Niger en 2014 avec les mines de Tagharaba. Il y a toujours eu des
histoires sur les sous-sols riches en or de la région. Les gens ont
commencé à s’y intéresser parce qu’ils avaient du mal à exploiter les
territoires qu’il y avait en Algérie, ils étaient chassés ou détrousser
par les militaires algériens. Ils ont vu là-bas qu’avec des appareils
électroniques on peut détecter l’or à plusieurs mètres sous le sol. Ils
ont investi dans des détecteurs et ils ont commencé à chercher et à
trouver de l’or, un peu partout », explique Youssouf.

Autour de Tessalit, à Talhandak, Abeibara, Tinzaouatène,
dans le cercle de Tin-Essako et quasiment n’importe où quand le
détecteur signale la présence de ce métal précieux, des centaines
d’hommes s’affairent fiévreusement, scrutant parmi les grains de sable
et de pierre des tamis, “l’éclat jaune or”, qui leur donnera le signal
de piocher, de creuser à quelques mètres de profondeur pour remplir
leurs sacs de pierre, de sable, d’une terre qu’ils espèrent aurifère.

Ces orpailleurs, on les trouvent autour de petites mines, des sortes
de puits ou de mares, délimité sur quelques mètre carrés pour ne pas
empiéter sur le voisin. Il n’y a rien à payer, il n’y a pas de monopole,
cette exploitation artisanale de l’or est totalement libre. D’un point
de vue islamique les orpailleurs se doivent de payer la Zakat, une sorte
de taxe religieuse destinée au pauvre, mais loin d’être obligatoire,
cette « aumône » n’est pas majoritairement honorée. Dans ces petits
sites miniers, les orpailleurs fouillent la terre inlassablement de jour
comme de nuit, à la lumière de petits groupes électrogènes.

« Sur certains sites, il y a plus d’électricité qu’à
Kidal ! », s’exclame Rhissa un habitant de la ville, « les gens, avec
l’espoir de trouver de l’or, ils passent tout leur temps à creuser,
c’est tout le temps allumé ! Nous à Kidal, on a un délestage par jour,
en saison fraîche, du courant de 8h à 2h du matin, eux n’ont pas ce type
de problème », ajoute-t-il avec un sourire narquois.

Des conditions rudimentaires

Souvent par groupes de deux personnes ou bien 4, voire parfois une
vingtaine, les orpailleurs se relaient pour creuser, trouver un filon et
faire sortir les pierres. « Ça demande beaucoup de courage, les
conditions sont rudimentaires et ce n’est pas facile, car il n’y a pas
d’eau, les sites sont parfois jusqu’à 130km de la ville de Kidal, il
faut tout acheminer. À chaque fois qu’un site voit son or épuisé, on va
sur une autre, ça évolue, il n’y a pas de site définitif. Ça demande
patience et endurance, car les gens ne peuvent pas utiliser de la
dynamite, ce n’est pas autorisé par Barkhane », précise Youssouf.

À Kidal, plus tu as de moyen pour exploiter l’or, plus tu augmentes
tes chances d’accroître tes gains; des grands leaders de la CMA ont
investis, des opérateurs économiques maliens aussi, ils ont fait venir
et utilisent des machines qui permettent de mécaniser l’extraction de
l’or et d’augmenter considérablement leur production. Comptez par
exemple environ 75000 fcfa de l’heure pour un buldozer qui pourra faire
le boulot. Ces grands engins de terrassement, accessibles aux mineurs
fortunés, ont pour la plupart été volés à Gao, Tombouctou ou Ansongo, à
de grandes entreprises comme la SATOM, au début de la crise de 2012. Ils
ont été ramenés à Kidal et servent depuis pour les constructions en
ville ou pour l’extraction de l’or.

« Tu dois amener ce que tu trouves en périphérie de Kidal, car sur
certains sites, les autorités ont interdit le traitement de l’or pour
éviter que les mineurs se fassent détrousser. Si tu n’as pas ton propre
véhicule, il y a des camions qui prennent l’or pour toi. Tu paies le
transport et tes sacs sont acheminés vers les machines, sur les sites de
concassage. Les pierres sont broyées, la poudre fine obtenue est lavée
avec du mercure et de l’eau, ils mettent cette poudre dans une machine
pour la faire tourner et comme l’or est lourd, ils restent en bas et les
autres particules en haut. On récupère l’or comme ça. C’est comme les
docus de National géographique sur l’or en Alaska à la télé ! »,
s’exclame Youssouf.

Ces machines qui broient les pierres font rentrer pas mal d’argent
dans les poches de certains grands chefs de la CMA à qui elles
appartiennent. Ils y font travailler les Soudanais, les Tchadiens et les
Burkinabés, des experts dans ce secteur. « Pour chaque sac à traiter,
il faut débourser environ 10000 fcfa, et on ramène souvent des dizaines,
voire des certaines de sacs », décrit notre jeune kidalois.

Selon le traitement, plus l’or est purifié, plus il monte en carat,
dans ce processus on perd en quantité, mais on gagne en qualité. À
Niamey, Bamako, où l’or s’achète au gramme ou au kilo, on suit le cours
mondial de l’or, et les carats peuvent faire monter comme diminuer les
prix. « À Bamako, Ils répètent les procédés pour que l’or devienne plus
pur, ensuite on pèse ton or, on te donne le poids, le carat et puis on
te l’achète. Si tu as un peu plus de 23 ou 30 carats, ça peut aller dans
les 30000 fcfa le gramme. Ici à Kidal c’est les 17-18-19 carats qu’on
trouve le plus, mais ils sont souvent mal évalués », explique Youssouf.

Un business juteux entre Bamako et Dubaï

Les acheteurs viennent à Bamako, achètent plusieurs kilos de métal
précieux et le transfère via des sociétés spécialisées jusqu’à la
première ville des Émirats arabes unis, Dubai. « Ça représente beaucoup
du marché de l’or à Dubai, je peux dire que c’est même la majorité,
parce que c’est produit ou ça passe par le Mali, que l’or vienne
du Gabon, de Côte d’Ivoire, de Guinée et même du Kenya », confirme M.
Doucouré, homme d’affaire malien, dans le business de l’or entre les
Émirats et le Mali depuis des années.

En une année, l’artisanat minier à Kidal a généré beaucoup
d’activités, créer beaucoup d’emploi, bénéficiant à ceux qui creusent,
mais aussi aux autres, qui vendent le carburant, le matériel, assurent
la restauration, aux petits commerces, aux boulangeries, boucheries, à
ceux qui transportent l’or comme ceux qui le traitent et le vendent, aux
plus vulnérables comme aux plus puissants. « Avant l’exploitation de
l’or, des familles qui n’avaient rien, aujourd’hui jouissent de grand
privilège, des gens ont pu casser leur maison en banco et à la place,
ils ont construit des villas. L’or a généré une sorte de boom
économique », explique Rhissa,

« Les Touareg sont des nomades, ils vivent de l’achat et
de la vente de leur bétail. Avec l’or, leur bétail est acheté tous les
jours. Il y a tout un marché qui s’est constitué. L’impact économique
sur la ville est très nette , si quelqu’un qui n’était pas à kidal
l’année dernière revient aujourd’hui, il va être supris par le nombre de
chantier, ça a changé l’état d’esprit des gens pour investir à Kidal.
Mais, il y en a aussi qui s’échinent mais qui ont perdu, on n’a pas tous
les mêmes chances », poursuit-il.

Ces mineurs qui on fait fortune, qui sont devenus millionnaires en
quelques jours, semaines ou mois, entretiennent cette fièvre de
l’or.Certainsachètent un point stratégique de la ville, ils y
construisent des boutiques qu’ils mettent en location, d’autres
construisent des maisons; des changements individuels qui changent le
visage de la ville, mais ne bénéficie pas forcément à toute la
communauté. « C’est surtout de l’enrichissement personnel. Si tu arrives
à faire 1 kilo d’or, ça fait environ 17 millions de fcfa. Tu gardes ça
pour toi ! tu penses pas à des trucs pour les autres », justifie
Youssouf. « Par ricochet, cet enrichissement personnel, les commerces et
les boutiques qui se créent contribuent au développement économique de
la ville, ce sera rentable pour la commune parce qu’il y aura des taxes
que ces boutiques verseront à moyen ou long terme terme », soutient
Rhissa.

« Beaucoup de gens sont dans ce business, tout le monde en profite »,
reprend Youssouf, « les jeunes, les personnes plus agées et surtout les
combattants. C’était d’ailleurs un problème, car tous ces combattants
qui étaient pressés que le DDR et le cantonnement se fasse, finalement,
ils ont trouvé leur compte dans l’or et ils n’étaient plus si pressés
que ça, parce que maintenant avec l’or, ils ont trouvé un truc dans
lequel il y a de l’argent, même plus que dans les trafics et ça leur va
très bien. », ajoute-t-il.

Source: lepoint

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